Revue de presse

Parcours des femmes à la fois ordinaires et extraordinaires (Réseau Africain des Femmes dans la Pêche)

En juin 2015, COMHAFAT et REPAO ont organisé un atelier régional
sur les stratégies de développement des échanges de produits
halieutiques en Afrique. Cette réunion technique a réuni quelques 50
acteurs de la filière représentant une dizaine de pays africains. Cette
rencontre s’est distinguée, des autres rencontres de ce type, par la
présence remarquée de femmes professionnelles de la filière d’une
dizaine de pays africains. Mais qui sont donc ces femmes à la fois
ordinaires et extraordinaires ? Leur parcours sont très divers, mais
leur motivation identique : opératrices économiques, elles veulent
participer pleinement au développement de cette filière et bénéficier
entièrement des opportunités créées. Elles sont toutes membres du RAFEP[1],
Réseau Africain des Femmes dans la Pêche. Elle témoigne ici de
l’importance et de l’utilité pour elles d’appartenir à un réseau de
femmes à la pêche. Gloria Ofori-Boadu[2] et Marie Christine Monfort[3] les ont rencontrées.


Madame Baliaba Nee Beyene Ateba, Cameroun


« Je suis basée à Yaoundé, au Cameroun. Je suis la présidente du
réseau camerounais des femmes de la pêche de la pêche au niveau
national, et la présidente du réseau africain des femmes de la pêche
(RAFEP), qui rassemble 22 pays. Je suis mareyeuse et transformatrice 
des produits de pêche, de mer. Acheteuse à Kribi, au sud du pays, je
revends le poisson à Yaoundé. Je vais à Kribi deux fois par semaine, où
je fais mes approvisionnements en poisson frais. Mes déplacements se
font se fait par transport publics. De Kribi à Yaoundé, je rentre avec
des futs de 50 kg chargé du poisson frais conditionné. Pendant la saison
d’abondance, dépendant de la saison des pluies qui s’étale de septembre
à décembre, je reviens avec 10 à 15 futs. Je suis propriétaire d’une
pirogue, mais j’achète aussi le poisson aux pécheurs. A côté du négoce
de poisson frais, je revends du poisson fumé qui est transformé à Kribi,
par les très nombreuses femmes qui participent à cette opération. »


 « Je suis formée pour être institutrice auprès des tout petits
enfants. Mais le salaire n’était pas suffisant. Je voulais un autre
métier. Ma voisine m’a signalé des possibilités au niveau des activités
de mareyage et de transformation de poisson au Kribi. J’ai sauté le pas.
Et si c’était à refaire, sans hésitation je referai ce métier. »  


Madame Antonia Adama Jallo, Guinée Bissau


« Je suis la présidente du réseau des femmes qui commercialisent le
poisson AMOPEIXA, en Guinée Bissau. J’ai plus de vingt ans de métier. Je
suis mareyeuse de poisson c’est-à-dire que j’achète auprès des
pêcheurs, et je le revends au niveau national et sous régional à
Conacky, Dakar… Quand le poisson n’est pas vendu je fais faire de la
transformation, le fumage. Je suis fonctionnaire auprès du gouvernement
Guinéen et ne perçois par ce premier métier qu’un très bas salaire. Donc
j’ai commencé à me lever très tôt le matin, avant 5 heures, pour
acheter le poisson au débarcadère et prendre mon travail de
fonctionnaire à 8h. Le salaire de fonctionnaire me permettait d’acheter
comptant le poisson, ce qui dans ce métier fait toute la différence. Je
pratique ces deux métiers depuis 1992, mais cela m’a permis de payer une
éducation à mes deux enfants. J’ai pu leur payer des études à
l’étranger. Je peux le dire la pêche a financé les études de ses
enfants. C’est très dur, bien sûr, mais c’est ce métier de la pêche qui a
embelli ma vie, celle de mes enfants. Qui m’a permis de me payer une
maison, une voiture. Je suis fière de ce que j’ai fait. Sans aucun
soutien de mon entourage. »


« Je suis la vice-présidente de la confédération des femmes des
activités économiques au niveau national. Au niveau de la pêche
l’activité est très dynamique. Nous avons réussi par décret à faire que
la pêche industrielle nous réserve une partie de ses débarquements.
Participer au RASEP, permet de partager nos expériences avec nos sœurs
de l’étranger. Ces échanges sont importants. »


Victoire Aliou Gomez, Bénin


 « Je suis mareyeuse et transformatrice de produits de pêche.
J’achète le poisson tous les jours, tout le temps surtout en période
d’abondance.  En période de soudure (non abondance), on alterne avec
d’autres activités génératrices de revenus, comme la vente de
« divers » dont le riz, des boites de conserve, de l’huile, des
biscuits. Les achats de font toute la journée aux pêcheurs, souvent
appuyés par certaines femmes qui financent la pêche. Le JICA (agence
japonaise de développement) nous a aménagé le port. En période
d’abondance, on peut acheter jusqu’à 5 à 10 bassines contenant 25kg
chaque environ. Je m’approvisionne aussi auprès de la pêche industrielle
où les poissons sont mis en sacs de 20 ou 25 kilos. Je revends sur
place aux transformatrices qui font le fumage et la transformation en
salé séché. »


« Je suis née dans la pêche (rire). Mon père a été pêcheur toute sa
vie; au départ à la pêche artisanale, puis à la pêche chalutière en tant
que matelot, puis en tant que bosco (second au capitaine). Ma mère
était une grande mareyeuse qui avait également une activité de salé
séché. J’aime beaucoup mon métier. J’y ai réalisé beaucoup de choses.
Cela m’a permis de devenir responsable d’abord sur le site au niveau
local  puis au plan national. Les mareyeuses sont souvent analphabètes.
Moi je suis allée à l’école jusque la terminale. »


« Aujourd’hui, je suis présidente de l’association des mareyeuses et
des mareyeurs du Bénin. Cela m’a donné l’ouverture pour la mise en place
du réseau RAFEP. Il s’agit de mon deuxième mandat de secrétaire
générale du RAFEP. Cela me permet de prendre part à de grands colloques,
des foires régionales et internationales, à des formations. Le réseau
m’a permis de prendre contact avec d’autres mareyeuses d’autres pays ;
avec lesquels nous faisons beaucoup d’échanges. Cela devrait nous
permettre de faire qu’un jour les femmes soient prises en compte au
niveau national et international.»


Saïda Rachid, Maroc


« Première mareyeuse du Maroc, aujourd’hui j’ai une société
d’exportation de poisson frais, qui emploie une dizaine de personnes, et
qui vend vers l’Italie, la Suisse. Les difficultés sporadiques à
m’approvisionner en poisson de pêche, m’a poussé à me réorienter vers
les coquillages d’élevage.  Mon père était armateur, il était
propriétaire de 14 bateaux et 8 camions frigorifiques. Après le bac j’ai
travaillé dans une banque, mais j’aidais toujours mon père notamment
dans les achats. Quand je me suis mariée, mon mari m’a dit « stop au
port ». Il a alors créé une société de négoce à l’export dont je me suis
occupée des approvisionnements. Je connais bien les gens de mer au
Maroc ; En tant que présidente du réseau marocain des femmes à la pêche
(REMAFEP), j’ai vu les femmes travailler souvent dans des conditions
difficiles et mal rémunérées. J’ai pensé qu’en adhérant au RAFEP cela me
donnerait des outils pour aider les femmes de mon pays. »


Gloria Ofori-Boadu, Ghana


“I am a lawer and president of the women assistance and business
association WABA in Ghana. I am also a member of the Advisory board for
the National Fish Processors and Traders Association (NAFPTA). I am not
exactly a professional in the seafood industry, but in 1996 I founded an
NGO, called WABA to promote the legal civic and economic empowerment of
women and their families. I am interested in women in fisheries, and
building their capacity. It is a food security, poverty alleviation and
wealth creation.???


“I came into RAFEP in 2013. In 2014, I was elected second vice
president. This network helps me to meet experts and other women from
fisheries in other countries. It definitely contributes to my own
empowerment, build my capacity; although I am used to train other women.
For instance, my experience with RAFEP helped me to draft the
constitution of the NAFPTA in Ghana. We hope to get more from RAFEP in
terms of empowerment and to be able to transfer this knowledge. This
network made me national and then panafrican. We can’t do it alone.???


Evelyn Nasamu, Nigeria


“I am the Women Leader for Nigerian Union of fishermen and Seafood
Dealers. I was a beautician and cosmetologist based in Lagos.  I began
engaging in fisheries in 2004 when I relocated from Lagos to Abuja. I
realized that in Abuja, my profession as a beautician was not
working well for me. I was introduced into the fisheries business by my
senior sister's husband, Chief Roland Bello. I am today a fish processor
and marketer. I process many types of fish and I buy my fish mostly
from fish farmers in aquaculture. As part of my association, we work
together to process tilapia and different types of fish, through
smoking.  Together with other members of my association, we are able to
process 700 tons of fish. We use local smoking ovens. We sell the fish
at fish markets in Nigeria.???



“I have been part of RAFEP since its inception. I have met many women
who work in my field. I have also received and shared ideas with them.???



Amie Ceesay Jaiteh, Gambia


“I am the President of the National Association of Fisheries
Operators in The Gambia. I am also an Executive member of the Fish
Exporters Association of Gambia.???


“I used to run a restaurant, buying fish in the market and sometimes,
going to the landing site to buy fish for my restaurant. I realized
there is so much waste of fish at the landing site. The fishermen did
not have ice so most of the fish got bad and the fishermen dug into the
sand and buried the fish. On a special trip to the U.K., I smoked some
fish and put it into a suitcase. I took samples of the smoked fish to
the African markets in the U.K. and started marketing them. I had many
orders for more smoked fish. The Department of Fisheries in The Gambia
advised us to pack the fish orders in exportable master cartons which we
did and transported the fish by Air cargo. The orders and demand for
our fish increased and so we began shipping them in containers. It takes
twenty-one days to ship to the U.K. and twenty-eight days to ship our
fish to the US market.  Our Association in period of high demand, is
able to share the costs of production for 600 boxes of fish including
their transportation, export and delivery to international markets. I
have been in the fisheries   export business, for the past ten years.???


“I have met different women from different countries who are working
in fisheries and we have been able to network. But we are yet to do
business with each other. It is my hope that we will be able to do
business with each other, especially by buying fish from each other
where we don't have that type of fish in our respective countries.???


Seynabou Ndoye, Sénégal


« Je suis née à Mbour, mais j’habite à Kayar avec mon mari. Je suis
mère de 7 enfants. Dès l’âge de six ans, ma grand-mère maternelle m’a
initiée à la couture. Après avoir quitté l’école, au niveau de la
troisième, je suis devenue couturière de profession. Mais toutes les
femmes du village, y compris ma mère avait une activité de mareyeuse.
Elles faisaient la navette entre Mbour et Dakar. Et puis jeune femme,
j’ai été inspirée par l’une des tante de mon mari. Elle était présidente
d’une coopérative de 117 femmes qui toutes faisaient l’activité de
pêche ; elle voulait que je sois sa secrétaire. Elle disait que la femme
avait le droit de travailler ; elle a initiée les femmes au travail de
transformatrice. Je l’accompagnais pour discuter avec ses partenaires ; à
ce moment nous avions un projet financé par des américains, et dirigée
par une femme américaine ; elle me disait des choses très concrètes ;
m’a montré que j’avais les capacités. Alors j’ai voulu faire du frais,
activité qui ne nécessite pas beaucoup de temps ; ce qui m’autorise à
m’occuper de mes enfants. En 1990, les transformatrices, les
micro-mareyeuses ont créé une fédération nationale des GIE de  pêche du
Sénégal (FENAGIEPECHE) dont j’ai été vice-présidente, responsable des
femmes. Mes responsabilités me prenaient tout mon temps ; entre les
avions, les ministères, cela m’a pris beaucoup de temps. Je ne pouvais
plus faire de micro mareyage. J’ai pratiqué ce métier de 1990 jusqu’en
2010. »


« J’ai été la première présidente de réseau RAFEP.  De ce réseau,
j’attendais qu’on solutionne les problèmes qu’on ne pouvait régler au
niveau national. Mais à ma grande surprise, Le RAFEP est bien un espace
réservé aux femmes, mais nous n’avons pas la reconnaissance attendue.
Nous n’avons pas pu en ces premières années totalement formaliser le
réseau. Nous n’avons pas de bureau avec une secrétaire permanente, et
pire, nous n’avons pas de reconnaissante juridique. Ce défaut de statut
freine clairement le développement du réseau. » 


« Je souhaite à la nouvelle présidente beaucoup de courage car la
tâche ne sera pas facile. Certains pensent que nous n’avons rien dans la
tête or nous sommes des femmes leader dans nos pays. Malheureusement,
nous n’avons pas cette reconnaissance. On doit convaincre les décideurs
de notre rôle. Personne ne le fera à notre place. La volonté est là, la
disponibilité aussi. Ce qui nous bloque vraiment, au-delà du manque de
reconnaissance, c’est le manque de financement. »




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