Revue de presse

COOPÉRATION HALIEUTIQUE
COOPÉRATION HALIEUTIQUE
Par André Naoussi, envoyé spécial à Agadir (Maroc)
La pêche africaine renforce son intégration
Comment l’Afrique peut-elle faire mieux que 7% de la production mondiale de poisson ? Entre renforcement de la coopération, cohérence des politiques régionales, meilleure définition des rôles, appui à la société civile, des réponses ont été esquissées le 18 février 2019 à Agadir.
«Il est temps de créer des mécanismes clairs et pertinents pour la gestion intégrée de nos pêches, et d’y associer les acteurs majeurs que sont les communautés économiques régionales !». Sur ce ton ferme, presque martial, M. Kobenan Kouassi Adjoumani, ministre ivoirien des Ressources animales et halieutiques, en sa qualité de président en exercice de la Conférence ministérielle sur la Coopération halieutique entre les États africains riverains de l’Atlantique (COMHAFAT), a planté le décor de la cinquième réunion annuelle de coordination de cette institution. Outre les représentants des vingt-deux pays membres, des institutions continentales et sous-régionales, ainsi que des acteurs de la société civile ont été conviés au forum. Le thème des assises en disait long sur l’urgence de la préoccupation : «Renforcer la coopération institutionnelle, en faveur d’une intégration régionale cohérente de la gestion des ressources halieutiques dans la région Comhafat».
Sous cette formulation revêche en apparence, se cachent des défis majeurs. M. Abdelouahed Benabbou, Secrétaire exécutif de la Comhafat, en a égrené quelques-uns : les ravages de la pêche dite «INN» (Illégale, Non réglementée, Non déclarée), la faiblesse des moyens d’intervention des États, la fragilité des accords régionaux, les disparités entre les législations sur la pêche. Ce qui fait l’affaire des pêcheurs en eaux troubles, notamment les bateaux battant pavillon de certains pays puissants, qui surfent entre les mers pour échapper aux lois et aux poursuites. Leur activité constitue une véritable menace pour les stocks de produits, les rentrées de devises, la survie des populations riveraines, la préservation de l’environnement. L’heure est plus que jamais à la mutualisation des politiques, des législations et des moyens pour sauver la pêche africaine et accroître sa contribution à l’essor économique du continent.
Des initiatives louables
Dans cet esprit, certaines initiatives donnent de l’espoir. Il en est ainsi du protocole d’accord signé en juillet 2018 à Nairobi entre la Comhafat et l’Union 2 africaine, via le Bureau interafricain des Ressources animales (UA-BIRA). Il vise,entre autres, à renforcer par des moyens institutionnels et financiers la coopération Sud-Sud (bilatérale et continentale), et harmoniser la voix de l’Afrique dans les négociations internationales en matière de pêche. Une autre nouvelle réconfortante est venue de la Commission régionale des Pêches (COREP) en Afrique centrale. Son Secrétaire exécutif, Emile Essema, a présenté les dix-neuf articles de l’Accord de liaison signé en septembre 2015 à Libreville entre la Corep et la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). En application d’une résolution des chefs d’État, la Corep est reconnue désormais comme unique institution spécialisée en pêche et aquaculture dans la région, avec des coudées franches en matière réglementaire, financière et opérationnelle.
Une synergie que tout le monde souhaite aussi pour l’Afrique occidentale, où l’on note, comme le déplore le consultant Moustapha Kebe, «un grand nombre d’acteurs aux responsabilités mal définies et redondantes». Un constat confirmé aux assises d’Agadir. Ainsi, M. Malal Sané a déroulé les interventions de la Commission Sous-régionale des Pêches (CSRP), qui regroupe sept pays, dont il est Secrétaire permanent. Cette institution met en oeuvre, entre autres, le Programme régional des pêches en Afrique de l’Ouest (PRAO), dont la seconde phase est en négociation. Or, l’on aurait pu mieux comprendre les rôles de l’autre acteur dans la même région, si son représentant n’avait pas raté son vol : le Comité des Pêches du Centre-Ouest (CPCO) du Golfe de Guinée, regroupant six autres pays de…l’Afrique de l’Ouest. Il exécute un autre programme-phare, le PESCAO, pour l’amélioration de la gouvernance des pêches.
La voix des acteurs non étatiques
Heureusement, l’on annonce un rapprochement, bien que timide, entre CSRP et CPCO – la fusion n’est pas encore à l’ordre du jour. Des sons transnationaux et plus concordants viennent de la société civile, d’autant que l’Union africaine a désormais placé les acteurs non étatiques au coeur de ses stratégies de développement des ressources halieutiques. La présidente de l’Association pour le Développement de la pêche artisanale (ADEPA), Lucie Attikpa-Tetegan, croit dur comme fer que ce réseau qui existe depuis 1992 demeure un levier important pour suppléer l’absence des pouvoirs publics dans la gestion et la promotion des activités de pêche terre à terre, au plus près des populations. L’UA, pour sa part, promet des moyens accrus, à travers la Conférence africaine des ministres de la pêche et de l’aquaculture (CAMPA) ; de même que la FAO annonce un renforcement des pouvoirs et des moyens du Réseau des Secrétaires exécutifs des organisations régionales de pêche. La communication apporte aussi sa pierre à cette dynamique d’intégration, par le biais de l’Observatoire des 3 Médias pour une Pêche durable en Afrique (OMPDA), créé en 2016 à Elmina (Ghana), et qui totalise déjà plus de cent publications réalisées ou partagées par ses membres sur cette thématique. PROPOS DE….
Malal Sané, Secrétaire Permanent de la CSRP :
«Au-delà des États, il y a une cohérence à instaurer également dans l’appui des partenaires techniques et financiers» Ministre Kobenan Kouassi, président en exercice Comhafat : «La gestion durable des ressources halieutiques est un combat quotidien et collectif ; aucun pays ne s’en sortira tout seul»
Abdelouahed Benabbou, Secrétaire exécutif de la Comhafat : «La COMHAFAT n’impose aucune politique à un pays, mais elle aide à harmoniser les législations et à mutualiser les moyens. Nous nous félicitons de la compréhension accrue des États, et du renouvellement de l’appui de notre principal partenaire, le Japon»
Lucie Attikpa-Tetegan, Présidente de l’Adepa :
«Nous souhaitons la capitalisation des meilleures pratiques, et la promotion de la cogestion locale de la pêche»
Emile Essema, Secrétaire exécutif de la Corep :
«Avec le parapluie de la Ceeac, nous serons plus présents et percutants sur le terrain de la gestion durable de la pêche et de l’aquaculture dans toute l’Afrique centrale»
LA COMHAFAT EN BREF
Dénomination : Conférence ministérielle sur la Coopération halieutique entre les États africains riverains de l’Atlantique (COMHAFAT).
Création : 1989 à Rabat, Maroc (siège).
Objectif : Promouvoir la coopération halieutique entre les États membres, sur la base d’un secteur des pêches dynamique et intégré dans une économie bleue florissante.
Slogan : «Exploiter aujourd’hui sans compromettre demain»
Domaines d’intervention : conservation et exploitation durable des ressources halieutiques ; renforcement des mécanismes de suivi, surveillance et contrôle de la pêche; promotion du commerce intrarégional de la pêche ; valorisation de l’aquaculture et des outils de production halieutique en Afrique ; harmonisation des politiques et des législations entre États, pour une gestion concertée et efficace des pêcheries.
Nombre de pays membres : Vingt-deux (dont le Cameroun).
Instances : Conférence des ministres ;Secrétariat exécutif.
Site web : www.comhafat.org
Copyright : Défis Actuels, N° 370, 11-13 Mars 2019, P. 6